Maître Zen Seung Sahn

 

Le Maître Zen Seung Sahn - Dae Soen Sa Nim (1927 - 2004),

est l’enseignant fon­dateur de l’Ecole Zen Kwan Um, et est le soixante-dix-huitième Patriarche dans la lignée de Trans­mission de l’Ordre Chogye, Boud­dhisme Coréen. Après avoir fondé des temples à Tokyo et à Hong kong, le Maître Zen Seung Sahn est parti aux Etats Unis, devenant le premier Maître Zen coréen à vivre et à enseigner en Occident. Avec l’aide d’un petit nombre d’étudiants, il a fondé le Centre Zen de Pro­vi­dence, qui est depuis devenu le quartier général de plus d’une cen­taine de centres à travers l’Amérique du Nord et du Sud, de l’Europe, l’Asie, et de l’Afrique. Le Maître Zen Seung Sahn est l’auteur de "Compass of Zen", "The whole world is A single flower - 365 Kong-ans for Eve­ryday Life" (Le monde entier est une seule fleur - 365 Kong-ans pour la vie de tous les jours), "Cendres sur le Bouddha", "Only Don’t Know" (Seulement Ne sait pas), "Ten Gates" (Les dix portes) and "Bone of Space".

Seung Sahn Soen-sa est né en 1927 à Seun Choen, en Corée du nord. Ses parents étaient protestants.
La Corée était à ce moment-là sous la sévère loi mar­tiale japo­naise, et toute la liberté poli­tique et cultu­relle avait été sup­primée avec bru­talité. En 1944, Soen-Sa rejoignit le mou­vement coréen indé­pen­dan­tiste clan­destin. Au bout de quelques mois il fut capturé par la police japo­naise et échappa de peu à la peine de mort. Après sa libé­ration de prison, lui et deux de ses amis volèrent plu­sieurs mil­liers de dollars à leurs parents et fran­chirent la fron­tière mand­choue étroi­tement sur­veillée dans une infruc­tueuse ten­tative de rejoindre l’Armée Coréenne Libre.

Dans les années qui sui­virent la deuxième guerre mon­diale, alors qu’il étudiait la phi­lo­sophie occi­dentale à l’université de Dong Guk, la situation poli­tique en Corée du Sud devînt de plus en plus plus chao­tique. Un jour, Soen-Sa décida qu’il ne pourrait pas aider les gens par ses acti­vités poli­tiques ou ses études uni­ver­si­taires. Aussi il se rasa la tête et partit dans les mon­tagnes, faisant le vœu de ne jamais revenir avant d’avoir atteint la vérité absolue.

Pendant trois mois il étudia les écri­tures Confu­céennes, mais elles ne le satis­fai­saient pas. Alors un ami à lui, qui était moine dans un petit temple à la mon­tagne, lui donna le Soutra du Diamant, et il ren­contra pour la pre­mière fois le Boud­dhisme. "Toutes les choses qui appa­raissent en ce monde sont pas­sa­gères. Si vous regardez toutes les choses qui appa­raissent comme si elles n’étaient jamais apparues, alors vous réa­li­serez votre vrai soi." Après avoir lu ces mots, son esprit devint clair. Les semaines d’après, il lut beaucoup de soutras. Fina­lement, il décida de devenir moine boud­dhiste et fut ordonné en octobre 1948. ++++ Soen-Sa com­prenait déjà les soutras. Il se rendit compte que la seule chose alors qui importait était la pra­tique. Seulement dix jours après son ordi­nation, il s’éloigna encore plus dans les mon­tagnes et com­mença une retraite de cent jours sur le mont Won Gak (la Mon­tagne de l’Illumination Par­faite). Il mangait seulement des aiguilles de pin, sèches et broyées en poudre. Vingt heures par jour il chantait la Grande Dharani de l’Energie et de l’Esprit Ori­ginel. Plu­sieurs fois par jour il prenait des bains glacés. C’était une pra­tique très rigoureuse.

Bientôt il fut envahi par les doutes. Pourquoi cette retraite était-elle néces­saire ? Pourquoi devait-il arriver aux extrêmes ? Ne pouvait-il pas des­cendre à un petit temple dans une vallée tran­quille, se marier comme les moines japonais, et atteindre l’illumination gra­duel­lement, au sein d’une famille heu­reuse ? Une nuit ces pensées devinrent si puis­santes qu’il décida de partir et de faire ses valises. Mais au matin son esprit était plus clair, et il déballa ses paquets. Quelques jours plus tard la même chose se pro­duisit. Et les semaines sui­vantes, il fit et défit ses bagages neuf fois.

Cin­quante jours s’étaient écoulés, et le corps de Soen-Sa était épuisé. Chaque nuit il avait des visions ter­ri­fiantes. Les démons appa­rais­saient venant de l’obscurité et lui fai­saient des gestes obs­cènes. Les goules mon­taient fur­ti­vement der­rière lui et enrou­laient leurs doigts froids autour de son cou. D’énormes coléo­ptères ron­geaient ses jambes. Les tigres et les dragons se tenaient devant lui en rugissant. Il était dans une terreur constante.

Après un mois comme cela, les visions se trans­for­mèrent en visions de plaisir. Parfois Bouddha vien­drait lui enseigner un soutra. Parfois les Bod­hi­sattvas appa­rais­saient dans des vête­ments magni­fiques et lui racon­taient qu’il irait au paradis. Parfois il tombait à la ren­verse d’épuisement et Kwan Se Um Bosal le réveillait dou­cement. A la fin des quatre-vingts jours, son corps était solide. Sa chair avait tourné au vert à cause des aiguilles de pin. ++++ Un jour, une semaine avant la fin prévue de la retraite, Soen-Sa mar­chait au-dehors, chantait en gardant le rythme avec son moktak. Sou­dai­nement, deux garçons de onze ou douze ans appa­rurent de chaque côté de lui et se pros­ter­nèrent. Ils por­taient les robes avec beaucoup de-couleurs, et leurs visages étaient d’une beauté sublime. Soen-Sa était très étonné. Son esprit était fort et par­fai­tement clair, aussi comment ces démons avaient-ils pu se maté­ria­liser ? Il continua en mar­chant sur l’étroit chemin de mon­tagne, et les deux garçons le sui­virent mar­chant droit au travers des rochers de chaque côté du chemin. Ils mar­chèrent ensemble en silence pendant une demi-heure, puis, de retour à l’autel, quand Soen-Sa se releva de sa pros­ter­nation, ils étaient partis. Ceci se produit chaque jour pendant une semaine.

Enfin ce fut le cen­tième jour. Soen-Sa était dehors à chanter et à frapper le moktak. D’un seul coup son corps dis­parut, et il fut dans l’espace infini. De loin il pouvait entendre le bat­tement du moktak, et le bruit de sa propre voix. Il resta dans cet état pendant un certain temps. Quand il revînt à son corps, il comprit. Les roches, le fleuve, tout ce qu’il pouvait voir, tout ce qu’il pouvait entendre, tout cela était son vrai soi. Toutes les choses sont exac­tement comme elles sont. La vérité est juste comme ceci.

Soen-Sa dormit très bien cette nuit-là. Quand il se réveilla le matin suivant, il vit un homme marcher vers le haut de la mon­tagne, puis quelques cor­beaux s’envolant d’un arbre. Il écrivit le poème suivant :

La route au pied du mont Won Gak
n’est pas la route réelle
L’homme qui monte avec son sac à dos
n’est pas un homme du passé
’tok, tok, tok - son pas
trans­cende passé et présent.
Cor­beaux s’envolant d’un arbre
Caw, caw, caw.

Peu après qu’il ait quitté la mon­tagne, il ren­contra le Maître Zen Ko Bong, dont l’enseignant avait été le Maître Zen Mang Gong. Ko Bong était réputé pour être le Maître Zen le plus brillant de Corée, et un des plus sévères. A ce moment-là il ensei­gnait seulement aux laïcs ; des moines, il disait qu’ils n’étaient pas assez motivés pour être de bons étudiants de Zen. Soen-Sa voulut tester son illu­mi­nation avec Ko Bong. Il est donc allé chez lui avec un moktak et a dit, "Qu’est-ce que c’est que cela ?" Ko Bong a pris le moktak et l’a frappé. C’était juste à quoi s’attendait Soen-Sa.

Soen-Sa a alors dit, "Comment dois-je pratiquer le Zen ?"

Ko Bong a dit, "Une fois, un moine a demandé au Maître Zen Jo-Ju ’Pourquoi Bod­hid­harma est-il venu en Chine ?’ Jo-ju a répondu, ’Le cyprès est dans le jardin ’ Qu’est-ce que cela signifie ?"

Soen-Sa compris, mais il n’a pas su comment répondre. Il a dit, "Je ne sais pas."

Ko Bong a dit, "Garde seulement cet esprit ne-sait-pas ». C’est ça la véri­table pra­tique Zen." ++++ Ce prin­temps et cet été-là, Soen-Sa passa la plupart du temps à tra­vailler le Zen. En automne, il par­ticipa à une période de médi­tation de cent jours au monastère de Su Dok Sa où il apprit le langage du Zen et le combat de Dharma. En hiver, il com­mença à estimer que les moines ne pra­ti­quaient pas assez dur, aussi il décida de leur venir en aide. Une nuit, comme il était de garde (il y avait eu quelques cam­brio­lages), il sortit toutes les mar­mittes et cas­se­roles hors de la cuisine et les disposa en cercle dans la cour. La nuit sui­vante, il tourna vers le mur le Bouddha de l’autel prin­cipal et prit le brûle-encens, qui était un trésor national, et l’accrocha sur un arbre à kakis dans le jardin. Au deuxième matin tout le monastère fut dans un tumulte. Des rumeurs cou­raient à propos de cam­brio­leurs fous, ou de dieux venant de la mon­tagne pour demander aux moines de pra­tiquer plus dur.

La troi­sième nuit, Soen-Sa alla au quartier des nonnes, prit soixante-dix paires de chaus­sures appar­tenant aux nonnes et les mit devant la chambre du Maître Zen Dok Sahn, pré­sentées comme dans un magasin de chaus­sures. Mais cette fois, une nonne se réveilla pour aller aux toi­lettes et, cher­chant ses chaus­sures, réveilla tout le monde au quartier des nonnes. Soen-Sa fut attrapé. Le jour suivant il fut convoqué à un procès. Comme la plupart des moines avaient voté pour lui donner une seconde chance (les nonnes étaient una­ni­mement contre lui), il ne fut pas expulsé du monastère. Mais il dût pré­senter des excuses for­melles à tous les moines haut placés.

D’abord il alla vers Dok Sahn et se pros­terna. Dok Sahn lui dit, "Continue ce bon travail."

Puis il alla vers la nonne supé­rieure. Elle lui dit, "vous avez produit beaucoup trop d’agitation dans ce monastère, jeune homme." Soen-Sa se mit à rire et dit, "le monde entier est déjà plein d’agitation. Que pouvez-vous faire ?" Elle ne sut répondre.

Le suivant était le Maître Zen Chun Song , qui était célèbre pour sa manière d’agir comme un sauvage et son langage obscène. Soen-Sa se pros­terna devant lui et dit, "J’ai tué tous les Bouddhas du passé, du présent, et du futur. Que pouvez-vous faire ?"

Chun Song dit, "Aha !" et regarda Soen Sa pro­fon­dément dans les yeux . Alors il demanda, "Que vois-tu ?"

Soen-Sa repondit, "Vous comprenez déjà."

Chun Song dit, "C’est tout ?"

Soen-Sa dit, "Il y a un coucou qui chante dans l’arbre derrière la fenêtre."

Chun Song rit et dit, "Ah ah !" Il posa plu­sieurs autres ques­tions aux­quelles Soen-Sa répondit sans dif­fi­culté. A la fin, Chun Song sauta en l’air et dansa autour de Soen-Sa criant, "Tu as l’illumination ! Tu as l’illumination !" La nou­velle se pro­pagea rapi­dement, et les gens com­men­cèrent à com­prendre les événe­ments des jours pré­cé­dents. ++++ Le 15 janvier, la retraite était finie, et Soen-Sa partit voir Ko Bong. Sur le chemin de Séoul, il eut des entrevues avec le Maître Zen Keum Bong et la Maître Zen Keum Oh. Tous les deux lui don­nèrent l’Inga, le sceau de vali­dation de l’éveil total d’un étudiant de Zen.

Soen-Sa arriva au temple de Ko Bong habillé de ses vieux vête­ments de retraite rapiécés et portant un sac à dos. Il se pros­terna devant Ko Bong et dit, "Tous les Bouddhas se sont avérés être un groupe de cadavres. Que dirais-tu d’un service funèbre ?"

Ko Bong répondit, "Prouve-le !"

Soen-Sa attrapa son sac à dos et en sortit un calamar séché et une bou­teille de vin. "Voici les restes de la fête funéraire."

Ko Bong dit, "Verse-moi du vin alors."

Soen-Sa dit, "OK. Donne-moi ton verre."

Ko Bong présenta sa paume.

Soen-Sa le toucha avec la bou­teille et dit, "Ce n’est pas un verre, c’est ta main !" Puis il posa la bou­teille sur le sol.

Ko Bong rit et dit, "Pas mal. Tu y es presque. Mais j’ai quelques ques­tions pour toi." Il procéda en demandant à Soen-Sa les plus dif­fi­ciles des dix sept cents kong ans Zen tra­di­tionnels. Soen-Sa répondit sans difficulté.

Alors Ko Bong dit, "Très bien, une der­nière question. La souris mange la nour­riture du chat, mais le bol du chat est cassé. Qu’est-ce que cela signifie ?"

Soen-Sa dit, "le ciel est bleu, l’herbe est verte."

Ko Bong secoua la tête et dit, "Non." ++++ Soen-Sa fut décon­certé. Il n’avait jamais raté une question de Zen aupa­ravant. Son visage com­mença à rougir au fur à mesure des réponses "comme ceci" qu’il donnait l’une après l’autre. Ko Bong conti­nuait à secouer la tête. Enfin Soen-Sa éclata de colère et de frus­tration. "Trois Maîtres Zen m’ont donné l’Inga ! Pourquoi me dis-tu que j’ai faux ?!"

Ko Bong dit, " Qu’est-ce que cela signifie ? Dis-le-moi."

Pendant les cin­quante minutes sui­vantes, Ko Bong et Soen-Sa res­tèrent assis l’un en face de l’autre, voûté comme deux matous. Le silence était élec­trique. Puis, soudain, Soen-Sa eut la réponse. Elle était "juste comme ceci."

Quand Ko Bong l’entendit, ses yeux devinrent humides et son visage remplit de joie. Il embrassa Soen-Sa et dit, "Tu es la fleur ; Je suis l’abeille."

Le 25 janvier 1949, Soen-Sa reçut de Ko Bong la trans­mission de Dharma, devenant ainsi le Soixante-dix-huitième patriarche dans cette ligne de suc­cession. Ce fut la seule trans­mission que Ko Bong ait jamais donnée.

Après la céré­monie, Ko Bong dit à Soen-Sa, "Pendant les trois années à venir tu dois garder le silence. Tu es un homme libre. Nous nous ren­con­terons à nouveau dans cinq cents ans."

Soen-Sa était main­tenant un Maître Zen. Il avait vingt-deux ans. ++++ Tiré du livre Des Cendres Sur Le Bouddha : L’enseignement du Maître Zen Seung Sahn édité par les Edi­tions du Seuil

 

L’histoire des os morts

 

En 1957, Ko Bong Sunim se mit à être sérieu­sement malade et Soen Sa Nim fut nommé Abbé du temple de Hwa Gae Sah.

Durant sa fonction d’abbé, Soen Sa Nim entendit parler d’un temple japonais à Séoul qui gardait les os de 500 japonais morts. Le temple avait eu des pro­blèmes finan­ciers et était tombé sous le contrôle de laïcs. Les laïcs n’étaient pas inté­ressés par des os de japonais. Ils vou­lurent jeter les os hors du temple. Quand Soen Sa Nim entendit parler de cela il alla au temple. Il dit aux offi­ciels, "Même si ces os étaient avant des os de Coréens ou de Japonais, les os des morts sont tous les mêmes. Des os morts sont des os morts !"

Alors il rap­porta les os à Hwa Gae Sah. Pendant des jours et des jours, il chanta seulement Namu Ami Ta Bul au-dessus des os ; le chant était pour les esprits morts.

Quelques années après, la Corée et le Japon ont repris des rela­tions diplo­ma­tiques. Alors cer­tains Japonais vinrent en Corée à Hwa Gae Sah pour réclamer les os de leurs ancêtres morts et pour les rap­porter dans leur patrie.

A cause de la grande recon­nais­sance et au respect profond qu’ils avaient pour l’action de Soen Sa Nim, les Japonais l’invitèrent à aller au Japon. Cette invi­tation devînt l’occasion pour lui de vivre à l’étranger qui fut un tournant dans sa vie.

Il a été dit par quelques Coréens, "Nous avons perdu un grand Maître au Japon et en Amé­rique en raison de quelques os morts."

Do Gong (ancien­nement John Bar­rouzzol du Canada)
Centre Zen Inter­na­tional de Séoul, Corée L’histoire des os morts

 

La pre­mière fois aux Etats-Unis

 

Quand Soen Sa Nim est arrivé pour la pre­mière fois aux Etats-Unis.

En sep­tembre, 1970, j’ai reçu un coup de fil de ma soeur, Mme Kimura, qui habite au Japon. Elle m’a dit que ma mère était très malade. J’ai ainsi décidé d’aller la voir. Je me suis pré­parée pour partir et j’étais dans un avion 24 heures plus tard. Quand je suis arrivée au Japon j’ai été accueillie à l’aéroport par ma soeur et Soen Sa Nim. Ma soeur nous a pré­sentés et ma pre­mière impression de Soen Sa Nim était qu’il était une per­sonne super et joyeuse. C’était lui. C’est tout je que j’en ai pensé. À ce moment-là je ne connaissais rien du Boud­dhisme. Il nous a conduits à son temple où nous avons passé la nuit.

Il m’a ques­tionné à propos de la manière de vivre amé­ri­caine. Je lui ai parlé de l’Amérique et l’ai invité à venir et à voir de lui-même.

En mai 1972, j’ai reçu un coup de fil de ma soeur. Elle m’a dit que Soen Sa Nim allait arriver à l’aéroport inter­na­tional de Los Angeles dans quelques heures. Heu­reu­sement j’étais à la maison. Je suis allé l’accueillir à l’aéroport et l’ai ramené à la maison. Je lui ai donné la chambre de mon fils. Il a fait un petit autel sur lequel reposait une statue de Kwan Seum Bosal. Ce soir-là, il a com­mencé à chanter et m’a proposé de l’accompagner si je le sou­haitais. Je me suis sentie attirée par l’air du chant de Soen Sa Nim et des larmes ont com­mencé à couler de mes yeux sans aucune raison appa­rente. A partir de ce jour -là, une nou­velle vie a com­mencé pour moi. Je me rap­pelle avoir été stu­péfiée par l’humilité de Soen Sa Nim. Il aidait au net­toyage de la maison, aux achats, à la cuisine, etc.…. Inutile de dire que j’ai apprécié sa com­pagnie et son aide. ++++ Mes enfants et leurs amis l’ont accepté dans la famille sans hési­tation. Cela a été comme un coup de pied aux fesses pour eux. Ma fille aînée qui avait alors treize ans a acheté quelques livres en anglais pour apprendre l’anglais à Soen Sa Nim. Il lui a enseigné le Boud­dhisme en retour. C’était le début d’un grand appren­tissage pour tous les Américains.

Je vou­drais ter­miner en disant que le bonheur et la satis­faction qu’il a apporté dans ma vie et à mes enfants est incom­men­su­rable. Je ne pourrais pas penser à un mot qui décrirait Soen Sa Nim -autrement qu’en disant qu’il est plus vaste que l’océan et sans limite comme le ciel et qu’il pourrait pro­ba­blement mieux être décrit par la sen­sation, pour lequel il n’y a aucun mot, qu’une per­sonne atteint par la médi­tation. Nous l’aimons et sou­haitons qu’il puisse vivre pour tou­jours. Merci, Soen Sa Nim.
Judy Barrie Santa Monica, Californie

 

Doyle Avenue

 

La pre­mière ten­tative de Soen Sa Nim pour fonder un Centre Zen Amé­ricain fut dans un petit appar­tement à Pro­vi­dence (Rhode Island). L’appartement se situait dans une rue appelée Doyle Avenue. Soen Sa Nim ne s’était pas inquiété vraiment de l’ambiance assez vio­lente et misé­rable de la rue, où avaient lieu parfois des bagarres d’ivrognes et des combats au couteau. Ce qu’il avait vu était une maison avec deux chambres rela­ti­vement grandes et un loyer très bas de 15.000 dollars par mois.

En ce temps-là, Soen Sa Nim n’avait que lui pour se financer et, natu­rel­lement, était tota­lement seul. Seuls les arai­gnées et un chat errant (plus tard appelé Abigale) savaient à quoi res­sem­blait d’abord cet appar­tement au moment où Soen Sa Nim y avait déménagé, et la façon dont il passait le temps. Il ne se passa pas long­temps avant qu’un pro­fesseur en reli­gions orien­tales de l’Université de Brown s’intéresse à lui, et avec lui vinrent cer­tains de ses étudiants qui étaient curieux.

Une ou deux de ces bonnes âmes déci­dèrent de démé­nager chez Soen Sa Nim, n’ayant sûrement aucune idée d’où elles met­taient les pieds. Il n’y avait lit­té­ra­lement aucun meuble dans l’appartement excepté une petite table de cuisine et quelques chaises assorties en bois. Soen Sa Nim avait apporté un petit cuit-riz élec­trique et quelques bols et cuillères. Il y avait une vielle marmite en alu­minium dans laquelle il créait les soupes les plus incroya­blement délicieuses.

Un jour un Bouddha de Corée est arrivé dans une grande boîte en bois. Elle était cassée en 15 mor­ceaux environ. Intrépide, Soen Sa Nim demanda à un de ses dis­ciples nou­vel­lement arrivé de chercher de la colle et alors il procéda en chan­geant méti­cu­leu­sement et patiemment le vide à nouveau en forme.

Et c’est ainsi qu’il fit son meilleur ensei­gnement en ce temps-là. L’anglais était peu commode et dif­ficile pour lui. Il était un maître pour le mime et l’exemple. Son enthou­siasme était déli­cieux. Et ses exemples parfois tout à fait sur­prenant. Une fois, des objets avaient com­mencé à dis­pa­raître au Centre Zen et il devint bientôt évident que le voleur était l’un des petits garçons qui vivaient dans le voi­sinage. La raison de cette évidence était qu’il avait été vu d’une manière fla­grante rampant par une des fenêtres. Il aimait également beaucoup lancer des pierres à Abigale (le chat) et traîner dans l’allée, se moquant des vête­ments étranges de Soen Sa Nim. Un matin que le bon-à-rien taquinait avec enthou­siasme Soen Sa Nim tandis qu’il tra­vaillait dans le jardin, Soen Sa Nim sou­dai­nement chargea vers lui, criant d’une manière sauvage et battant des bras. Alors il com­mença à s’avancer vers le jeune alors trem­blant et à jouer les kara­tékas. Le garçon se pré­cipita hors de la cour, et n’a jamais été revu dans un péri­mètre étroit. Un de ses étudiants se posa des ques­tions sur ses méthodes et Soen Sa Nim répondit sim­plement, "la plupart des démons com­prennent seulement les démons."

Tout ceux qui venaient à l’appartement dans les six pre­miers mois n’avaient besoin que d’une demi-heure pour com­prendre son but et direction. Soen Sa Nim voulait créer un Centre Zen à partir de l’appartement. Il voulait que l’autel en fût le cœur, que la salle de Dharma soit large et propre afin que beaucoup de gens puissent se ras­sembler et pra­tiquer ensemble et trouver leurs propres cœurs. Il mettait ses étudiants à l’aise et il réchauffait l’atmosphère en riant et en plai­santant avec eux dans la cuisine. Il décidait sou­dai­nement de faire un grand paquet de kimchee, contenant tous les légumes ima­gi­nables. Ou il s’asseyait à la table de cuisine pendant des heures, écrivant pres­tement des lettres pour la Corée à des per­sonnes inconnues et il levait sou­dai­nement la tête en demandant à tout le monde s’ils aimaient les nouilles. Souvent il devait regarder le mot qu’il cher­chait dans son dic­tion­naire Coréen-Anglais qu’il avait tou­jours sous la main. "Nouilles ! Vous aimez des nouilles ?" Natu­rel­lement chacun sou­rirait inté­rieu­rement et aussi exté­rieu­rement, aimant son accent et son enthou­siasme, et lui donnait un grand signe d’assentiment. Alors il se mettait à changer la cuisine entière en une usine de nouilles 100% farine, pro­duisant en moins d’une heure une soupe qui sur­passait même la pré­cé­dente, remplie de nouilles maison déli­cieuses. Et il était tel­lement imper­tur­ba­blement heureux que chacun l’ait aimée, leur disant à plu­sieurs reprises, "En Corée, il y a n’importe quand ce genre de soupe. Ce type de soupe est numéro 1. Mangez ceci, devenez fort - beaucoup d’énergie, yah ?" Alors il se mettait à rire. ++++ Len­tement il pré­senta son style de Zen, sa tra­dition. D’abord ce fut mettre un lumineux tissu rouge et jaune autour de l’autel, qui sou­tenait le Bouddha nou­vel­lement ré-assemblé. Puis il insista pour que les mats de médi­tation soient lumineux et mul­ti­co­lores. De temps à autre une autre boîte en bois arri­verait de Corée avec des objets pour l’autel, ou de robes longues grises et de l’encens, ou un grand sac de coûteux cham­pi­gnons noirs pour les célèbres soupes.

Un jour, Soen Sa Nim fit asseoir ses étudiants. À ce moment-là il y avait environ sept "clients" régu­liers (c’était l’une des plai­san­teries de Soen Sa Nim, appelant n’importe qui qui avait mangé de sa soupe ou était venu à ses confé­rences du dimanche soir, un "client"). Il expliqua qu’il était temps pour le Centre Zen d’avoir un pro­gramme de pra­tique. Ce fut la fin d’une ère. La pra­tique com­mença à migrer de la cuisine vers la Salle de Dharma. Il leur demanda même de porter ces robes grises. Les chants ont été trans­crits et des pros­ter­na­tions ont été comptées. Des coussins ont été même assignés et les confé­rences de Dharma du dimanche soir se sont passées de mieux en mieux. D’abord elles étaient tou­jours tra­duites du japonais à l’anglais par le pro­fesseur de reli­gions orien­tales de l’Université de Brown, mais ensuite, Soen Sa Nim devînt plus sur de lui avec son voca­bu­laire et il com­mença à faire des entre­tiens aussi cha­leureux et consis­tants que ses soupes. En fait, il devînt si occupé avec ses leçons d’anglais et le nombre croissant de "clients", que la cuisine devint le domaine du Maître de maison nou­vel­lement nommé dont la fonction venait d’être créée ; il venait là seulement pour écrire, étudier, et offrir des entre­tiens spon­tanés sur le Dharma. Il était presque tou­jours disposé à répondre à toutes les ques­tions et si rien d’autre ne sem­blait marcher, il tapait la tête de l’étudiant avec une baguette et disait, "Trop de pensées ! Laisse tout tomber, OK ?"

En l’espace des deux ans de la Doyle Avenue, le ton et le rythme du futur Centre Zen ont été créés. Soen Sa Nim l’a tota­lement initié avec sa chaleur, puis a introduit la pra­tique – en insistant tou­jours sur l’importance de pra­tiquer tous les jours, sans prendre de vacances. Et il a com­mencé alors à donner des pré­ceptes, car il a enseigné pourquoi il était si important pour l’esprit d’être capable de prendre ouver­tement des préceptes.

Ainsi il est tou­jours apparu qu’il com­posait parfois de manière évidente la plupart des formes, à mesure qu’il avançait, observant atten­ti­vement le jeune amé­ricain standard et trouvant les bons remèdes à des dés­équi­libres parfois puis­sants. L’autre chose qui apparut comme l’herbe au prin­temps était sa connais­sance tou­jours jeune de la pra­tique et du Dharma et comment trans­mettre cela à d’autres… la connais­sance qui était une voie au delà du suivi d’une forme par­ti­cu­lière… la connais­sance qui donnait à chacun de ses étudiants un élan cha­leureux et puissant vers la com­pré­hension d’eux-mêmes et leurs tra­vails originels.

Maître Zen Seong Hyang (Barbara Rhodes) un des tous pre­miers "clients » de Soen Sa Nim."

 

Ces trois his­toires sont tirées de « Only Doing it for Sitxy Years » Recueilli et rédigé par Diana Clark ; édité par Primary Point Press, Cum­berland, RI, 1987