Le Zen d’aujourd’hui

 

Née en Pologne, citoyenne amé­ri­caine, et rési­dante en France, j’ai une famille, suis artiste/​peintre, et tra­vaille pour gagner ma vie-​​je suis 100% occidentale.

J’ai pra­tiqué avec et appris du Maître Zen Seung Sahn qui est coréen, du Maître Zen Dae Kwang, un amé­ricain, et de mon mari le Maître Zen Wu Bong, un juif amé­ricain né en Pologne, et de bien d’autres encore depuis 18 ans. Il y a presque sept an j’ai reçu l’« Inga », ou la per­mission d’enseigner, du Maître Zen Seung Sahn. Je suis contente de par­tager ce vécu et cette expé­rience avec vous.

J’aimerais com­mencer avec : BOUDDHA N’EST PAS UNE PER­SONNE : C’EST UN ETAT D’ESPRIT.

Cela amène les mul­tiples niveaux de cette pra­tique à un point unique et les donne une pers­pective spé­ci­fique. Nous sommes des occi­dentaux dans le 21ième siècle et ceci est un moyen important de nous rap­procher de cette phi­lo­sophie et de cette pratique.

Regardons avec cette perspective cette pratique particulière.

D’abord, « Bouddha » veut dire « celui qui est éveillé », et le Bouddha Sha­kyamuni lui-​​même a dit que chacun d’entre nous a cette qualité d’éveil natu­rel­lement. Comment a-​​t-​​il fait pour atteindre cela ? Comme est-​​il venu à cette conclusion ? Quel exemple a-​​t-​​il donné ? Qu’a-t-il laissé der­rière lui ?

La souf­france qu’il vit tout autour de lui choqua le prince Sid­dhartha Gautama, plus tard désigné le Bouddha. C’est à ce moment qu’il décida de pour­suivre de la recherche pour com­prendre ce monde. Après avoir essayé dif­fé­rentes méthodes, il choisit la médi­tation silen­cieuse. Il pra­tiqua avec un esprit ouvert, garda un ques­tion­nement sincère et profond, tra­vailla avec ses propres limi­ta­tions, et donc vint à se com­prendre lui-​​même ainsi que les autres ; il vint à la recon­nais­sance de soi.

Il s’assit en médi­tation pendant bien d’années avant d’avoir cet aperçu, et après com­mença à enseigner aux autres. Il offrit un ensei­gnement pur en par­ta­geant son expé­rience, en mon­trant le chemin, en encou­ra­geant ceux qui cher­chaient à trouver leur nature véri­table et puis à aider les autres.

Dans un langage moderne on pourrait appeler ceci : LA THE­RAPIE SUR SOI : se com­prendre, se recon­naître, se libérer.

En fin de compte les noms ne sont pas impor­tants. Garder cette grande question « Que suis-​​je ? » nous aide à voir d’un autre œil les « petits » pro­blèmes qui nous pré­oc­cupent quo­ti­dien­nement. Ca place notre rai­son­nement plus pro­fon­dément et plus loin de l’égo. Dans la thé­rapie « ordi­naire » il y a pas mal d’attention aux détails, tandis que dans un pro­cessus de pra­tique les détails ne sont impor­tants que dans la mesure où ils nous montrent notre être véri­table en devenant car­burant pour le feu du doute soulevé par la grande question. Au lieu de nous concentrer sur les petites par­celles de notre exis­tence, nous pouvons tout d’un coup voir le grand schéma. Comme produit dérivé de ce pro­cessus, à travers ce qu’on peut appeler une alchimie indi­vi­duelle, on découvre que nos limi­ta­tions et nos pro­blèmes sont en soi une expression de la vérité. Cet aperçu nous libère et nous permet de nous éveiller à ce qu’on appelle dans la lit­té­rature popu­laire « l’ici et main­tenant ». Ceci est en fait le vrai début de notre pra­tique ce qui ouvre vraiment à l’aide d’autrui.

A l’époque du Bouddha, dans sa pré­sen­tation de l’enseignement, il n’y avait pas de gouru, pas de prière envers lui pour une meilleure vie, pas de « je suis un grand maître donc vénérez-​​moi ».

Il y avait plutôt « essayez pour vous-​​même. »

C’est avec tris­tesse que l’on peut voir comment son ensei­gnement est mal inter­prèté de nos jours. La plupart des gens, y compris des ensei­gnants, se concentrent sur bâtir des orga­ni­sa­tions plus influentes, des empires ou des refuges reli­gieux ou l’on peut se cacher de la vie de tous les jours. Il y a des leaders qui créent des dépen­dances finan­cières, ou pire encore, psy­cho­lo­giques. En com­prenant ceci on peut voir à quel point c’est important de cla­rifier l’image de la pra­tique et de créer un empla­cement correct pour elle dans la vie com­pliquée de ce siècle.

De plus en plus de laïcs sont attirés par ce chemin spi­rituel et par vivre ce qu’on appelle la phi­lo­sophie du Zen. Ceci marque un tournant crucial dans ce mou­vement, donc j’ai une question pour com­mencer : Le Bouddha était-​​il un boud­dhiste ? Ou même, Jésus était-​​il chrétien ? Et encore un autre éclairage pour nous bien inté­ressant : est-​​ce que Dieu croit en lui-​​même ?

Depuis le temps de Bouddha, beaucoup de struc­tures ont été construites autour de ce chemin : des thèses, des inter­pré­ta­tions et des dis­putes phi­lo­so­phiques, dif­fé­rentes branches de groupes reli­gieux ou médi­tatifs, ou tout sim­plement des modes de vie associés à cette phi­lo­sophie : le végé­ta­risme, les mou­ve­ments « New Age », la com­mu­ni­cation sociale, des actions phi­lan­thro­piques, etc. Rien de tout cela n’est ni bon ni mauvais, il y en a en fait qui sont des mou­ve­ments mer­veilleux, plein de com­passion, et élar­gissant d’horizon, mais la plupart n’ont rien à voir avec le pur travail avec l’esprit qui mène à la com­pré­hension, la com­passion, la tolé­rance et la liberté.

J’ai dit « amener à un point unique les dif­fé­rents niveaux de cette pra­tique » et « créer un empla­cement correct pour elle dans la vie com­pliquée de ce siècle ». Com­binons ces niveaux et ces côtés variés pour nous amèner simul­ta­nément à ce « point unique »—L’APERCU DE SOI-​​MÊME.

Du côté psy­cho­lo­gique, comme j’ai men­tionné aupa­ravant, la thé­rapie de soi et tout le travail qu’on fait sur soi-​​même en pra­ti­quant le Zen est clair. Le rôle d’un ensei­gnant est sim­plement de guider et de diriger, pas de donner des solu­tions toute faites pour chaque pro­blème, donc il ou elle est « le doigt qui montre la lune et pas la lune elle-​​même. » Ce travail est à faire par soi-​​même uniquement.

Un de mes amis a dit « c’est l’époque du four à micro-​​ondes, donc les gens veulent des réponses rapides pour tout » et ils attendent à ce que l’enseignant soit ce trouveur de réponses rapides. Cela veut dire ne pas prendre la res­pon­sa­bilité pour sa propre vie et ses propres actions et plutôt dépendre du leader spi­rituel. La pra­tique du Zen veut dire prendre sa vie en mains et aider les autres.

Souvent les gens sont accablés par l’enseignement « com­prendre ta nature véri­table et aider tous les êtres », donc c’est important de com­prendre la signi­fi­cation de cet ensei­gnement. « Com­prendre ta nature véri­table » est un travail, un chemin pour s’aider. « Aider tous les êtres » t’inclut aussi. En fait , tu es le premier visé, aide-​​toi toi-​​même pour que tu puisses aider les autres.

Si on ne s’occupe pas de s’aider soi-​​même, on verra, comme est trop souvent le cas, le cas de l’aveugle qui mène l’aveugle.

Mon ensei­gnant Zen dit « Le Zen c’est com­prendre son être véri­table », et puis on se pose la question « Que suis-​​je ? »

Tra­vailler avec cette question est comme une recherche scien­ti­fique. C’est exac­tement comme regarder la plus petite forme de vie dans un micro­scope ou au ciel avec un télescope ; on cherche à l’intérieur du microscope/​telescope de « Que suis-​​je ? », avec des yeux et un esprit bien ouverts. Cela demande une cer­taine dis­ci­pline, une bonne dose de volonté, de constance, une forte sin­cérité et un mélange de grande fierté avec un esprit humble. C’est néces­saire d’être ouvert à une confron­tation avec soi-​​même et aussi avec les autres.

Parfois on peut com­mencer tout de suite sous la direction d’un ensei­gnant Zen, mais parfois c’est trop dif­ficile de confronter tous les fac­teurs déso­rien­tants de la vie et de la faim spi­ri­tuelle, donc un aide spécial est néces­saire avant que l’on puisse béné­ficier de la pra­tique du zen. Dans de tels cas une thé­rapie sous la direction d’un pro­fes­sionnel avec une pra­tique en même temps peut être très utile. Dans tous les cas, c’est important de se fier à son bon sens et de ne pas céder à une idée quel­conque, y compris le mépris que la thé­rapie inspire parfois aux ensei­gnants de médi­tation ou de Zen.

Mon mari m’a dit que quand il a com­mencé à pra­tiquer avec le Maître Zen Seung Sahn, bien qu’il aimait l’enseignement Zen, il n’était pas capable de faire la pra­tique Zen. Cela était tout sim­plement trop dou­loureux, peut-​​être pas phy­si­quement, mais plutôt parce ce qu’il appa­raissait trop de pro­blèmes émotionnels. En même temps, son ensei­gnant lui a appris une tech­nique de médi­tation spé­ciale, plus proche du yoga tan­trique que du Zen. C’était cette pra­tique qui l’a aidé à devenir assez fort et assez clair pour com­mencer l’entraînement « Zen ». Le Zen n’a rien de spécial-​​en fin de compte tout outil qui aide est une bonne pra­tique Zen.

J’ai une amie artiste qui a récemment com­mencer à tra­vailler dans le monde des ordi­na­teurs. Elle suit des cours et apprend beaucoup. A chaque fois qu’on se voit, elle partage ses progrès et ses nou­velles pos­si­bi­lités de création avec moi.

Notre esprit est comme cet ordi­nateur et il faut la volonté d’apprendre et de découvrir pour pouvoir uti­liser toutes les pos­si­bi­lités. Le Zen donc est un cours sur la décou­verte de soi, assis en silence et nous per­mettant de voir, apprendre, et com­prendre. Il n’y a pas de solu­tions exté­rieures, pas de chemins détournés, et pas de pos­si­bilité de fuir. C’est un chemin droit et direct.

Aider les autres ne veut pas dire leur faire faire ce que l’on croit être bon pour eux. Au lieu de fournir une aide pur et plein de com­passion, une telle attitude mène à de fortes opi­nions et des luttes de pouvoir, les débuts de tant de conflits en ce monde. Au contraire, une bonne aide est d’aider les autres à devenir forts et clairs, et capables de prendre la com­plète res­pon­sa­bilité pour leurs vies. A leur tour ils seront capables de par­tager leur force et leur clarté avec les autres.

LE ZEN EST UNE PHI­LO­SOPHIE DE LA VIE. Ici le terme « phi­lo­sophie » est compris dif­fé­remment qu’à l’habitude : c’est la com­bi­naison de l’approche phi­lo­so­phique avec le bon sens, le haut intellect avec un esprit d’enfant. Le travail avec et sur soi-​​même a l’effet d’arriver à des conclu­sions lim­pides, de trouver des solu­tions simples, d’avoir une dis­tance saine avec des événe­ments sans impor­tance, et de faire de notre vie quelque chose de simple et de limpide. La der­nière nous donne la pos­si­bilité d’étendre notre recherche et d’avoir une vision plus large et plus profonde.

Le but de tout ceci est d’aider ce monde.

Pour pouvoir aider, on doit comprendre où commence le problème.

En regardant atten­ti­vement ce monde, sa situation, et les actions des êtres humains, on peut voir clai­rement que toute maladie com­mence dans son propre esprit, dans des opi­nions trop fermes, dans « j’ai raison, vous avez tort », dans un manque de tolé­rance, dans cet esprit « Je, Mien, Moi », ou dans les termes tra­di­tionnels boud­dhistes, dans l’esprit de désir, de colère et d’ignorance.

Ceux ci sont les plus grands polluants des nos sociétés.

Ces jours ci nous nous pré­oc­cupons du pro­blème du ter­ro­risme dans le monde et ça fait peur d’imaginer sa finalité. Mais si on regarde de plus près, on peut voir où se trouve sa racine. Le Maître Zen Wu Bong a dit récemment que ce ne sont pas les ter­ro­ristes à l’extérieur qui sont le gros pro­blème, mais plutôt le ter­ro­risme à l’intérieur de chacun d’entre nous qui est le plus dan­gereux. C’est crucial de faire la paix avec ce ter­ro­riste inté­rieur pour créer la paix dans le monde.

Le Véné­rable Maha­gho­sa­nanda, le patriarche boud­dhiste du Cam­bodge, dit souvent qu’une per­sonne pai­sible et pleine de com­passion qui sou­haite du bien peut créer un tel envi­ron­nement. Cela veut dire que peu importe la culture ou l’époque d’où on vient, on doit com­mencer à tra­vailler avec soi-​​même pour cultiver l’esprit qui est Bouddha.