Question : Maître, je terminerai bientôt l’année scolaire et serai en vacances. Je pense à la façon d’utiliser ce temps libre. J’aimerais le consacrer au Kyol Che (longue retraite Zen intensive de trois mois), mais alors une pensée survient : « Devrais-je faire cela ou plutôt aller dans un hôpital et travailler pour les gens malades ? Par exemple accompagner les personnes mourantes ? » Maître BON YO : Cette question apparaît très souvent chez les gens qui pratiquent. Quand ils commencent à pratiquer et que la direction juste apparaît, ils veulent aider, mais ils ont souvent des doutes : quelle est la meilleure façon d’aider ? Nous appelons cela la Voie du Bodhisattva : Comment puis-je aider ? Parfois le disciple ressent que la méditation assise n’aide pas réellement, d’autant plus que les gens qui nous entourent nous disent souvent : « Vous vous asseyez là dans le temple, méditez et c’est ça votre façon d’aider ? Cela ne paraît pas sérieux ». Il y a de nombreuses formes de Bodhisattva. Il y a ceux qui aident les pauvres et les malades, comme Mère Térésa. Elle a consacré toute sa vie à être avec eux et à prendre soin d’eux. C’est un travail formidable. Il y a ceux qui créent des centres de nourriture gratuite pour aider ceux qui n’ont pas les moyens d’en acheter. Il y a ceux qui travaillent dans les hôpitaux et qui consacrent leur temps libre à travailler avec les malades. Il y a des gens qui n’ont pas d’argent mais qui peuvent offrir leur amour et leur amitié à ceux qui sont isolés. Ce sont tous des Bodhisattva. Ensuite, il y a des gens qui donnent de l’argent pour financer différents projets d’aide. Et il y a un type de Bodhisattva qui pratique pour se comprendre lui-même et pour comprendre les autres, qui fait une recherche spirituelle, qui désire comprendre ce qu’est la vraie humanité, pourquoi il y a tant de souffrances en ce monde, comment la roue du samsara peut être modifiée, comment le karma de ce monde peut être changé. Une fois qu’il ou qu’elle comprend, l’aide authentique devient possible. C’est comparable à deux sortes de médecines différentes : orientale et occidentale. Ainsi, dans le monde médical actuel, l’Orient prend soin le plus souvent de la cause de la maladie, alors que l’Occident prend soin de son effet. Les deux sont importants et nécessaires. Il est important de réagir à chaque moment face à la situation telle qu’elle se présente. Nous devons toujours garder l’esprit de Bodhisattva et toujours aider ceux qui en ont besoin, ici tout de suite, bien sur !. Cela signifie utiliser la médecine occidentale. Quant à la « médecine orientale », elle signifie que, moment après moment, nous essayons de soigner la cause de la maladie de ce monde. Il y a tant de souffrance en ce monde. On pourrait se sentir désespéré face à cela. Les gens disent souvent : « Il n’y a rien que je puisse faire ». Avec ce genre d’esprit il est vrai que rien ne peut être fait. Pourtant, le visage de ce monde dépend de nous. Nous le créons. Pour l’instant nous ne sommes guère habiles, parce que nous ne comprenons pas cela et nous ne nous comprenons pas nous-mêmes. Il est important de changer d’attitude. La voie du Zen, la méditation et le Kong An notamment, sont à notre disposition pour ça ! L’enseignement bouddhiste dit : « Tout est créé par l’esprit seul ». Partant de cela, nous devrions agir sur l’esprit. Ces créations de l’esprit sont la cause de la maladie, du désespoir, de la souffrance et de la perte de repères de ce monde. Aussi longtemps que l’esprit de l’être humain ne changera pas, rien ne changera. Ne prendre soin que des symptômes revient à mettre un pansement sur une jambe de bois. Cela ne fera aucun bien. Cette maladie doit être approchée par le fond, par les racines. S’asseoir en face du mur, chanter avec tout le monde, se prosterner, accueillir l’enseignement qui illumine. Essayer, essayer, essayer pendant dix mille ans. Comprendre sa vraie nature et aider ce monde. C’est le travail du Bodhisattva. Ne pensez pas : c’est trop difficile, je ne peux pas le faire, je ne peux pas aider de cette façon". Tout simplement, essayez, essayez sincèrement. Un bonheur soudain et imperturbable se développera en vous. Votre vie en sera transfigurée ! Il y a une jolie histoire concernant une petite cité. Les gens avaient décidé d’organiser une fête à la fortune du pot. Il était donc prévu que chacun apporte une bouteille de vin. Le jour suivant, dans la soirée, la fête débuta avec un toast. Tout le monde se rassembla autour du tonneau à vin pour se servir, mais une grosse surprise les attendait. Dans le tonneau, il n’y avait que de l’eau. Que s’était-il passé ? Chaque personne avait eu l’idée d’apporter de l’eau, en pensant que diluée dans le vin, personne ne s’en apercevrait. Parce que tout le monde avait eu cette idée, il n’y eut pas de vin du tout ; mais la fête eu lieu avec liesse. Si vous inversez cela et l’utilisez pour une bonne cause, imaginez ce qui pourrait se passer. Si chaque être humain essayait tout simplement de faire de son mieux, sans se préoccuper de ce que les autres font ou pensent. L’effet pourrait être saisissant. A partir de cela vous pouvez choisir que faire. Comment aider ce monde, quelle médecine utiliser, quelle voie deviendra votre voie et votre direction. Quoique vous décidiez, faites-le à 100%, avec un esprit clair et ouvert, avec amour et compassion. Peu importe que nous apportions du vin ou de l’eau ; ce que nous pourrons apporter à ce monde, avec sincérité, suffit à le sauver de la souffrance !